Je m'appelle Léna, j'ai 34 ans

J’ai grandi en région parisienne, dans le Val de Marne, à L’Haÿ Les Roses, entourée de mes parents et de ma (petite) soeur.

D’aussi loin que je m’en souvienne, mon objectif a toujours été de faire ce que l’on attendait de moi, sans faire de vague, sans faire de bruit, en suivant ce qui était raisonnable et sans trop me poser de questions.
 

Je rêvais d’être ostéopathe équin.

Ne me demandez pas pourquoi.

Mais ça ne se passera pas comme ça.

Collège en ZEP (zone d’éducation prioritaire), prof de physique chimie et de maths complètement dépassés et plus occupés à gérer la discipline dans la classe que d’avancer sur le programme.

Résultat, en arrivant au lycée je suis dans les choux dans les matières scientifiques, compliqué d’envisager un BAC S.

Pour la première fois de ma vie je ne suis pas au niveau.
 

J'aurais pu me battre mais je renonce

Changement de programme

BAC ES, classe préparatoire au diplôme de comptabilité gestion, la voie royale vers l’expertise comptable.

Le niveau est haut, les exigences élevées, je ne suis pas la meilleure (et ça c’est dur à digérer) mais je m’accroche.

Je rencontre celui qui deviendra mon mari.
J’ai 18 ans, une carrière toute tracée.

Ça va aller.

Mais très vite, le deuxième grain de sable vient se glisser dans la machine.

Un stage en cabinet comptable qui ne se passe pas comme je l’avais imaginé et qui me fait prendre conscience que ce n’est pas dans cette direction que je veux aller.

C’est la désillusion.
J’ai besoin d’élargir mes horizons, de découvrir autre chose.

Je vais devoir aller là où on ne m’attendais pas.

Un entretien et un prêt bancaire de 15 000 euros plus tard, me voilà en master en école de commerce à Paris en alternance.

Fini de se contenter de la théorie j’ai besoin de concret.

Dans quelques mois je devrais choisir un métier pour le restant de ma vie (enfin c’est ce que je pense à ce moment là), j’ai besoin de savoir à quoi il ressemble pour de vrai.

Pendant 2 ans, je n’apprends rien ou presque sur les bancs de l’école.

Mes camarades viennent d’horizons si différents, certains ne parlent pas français.

Le niveau est relativement faible mais mes expériences en entreprise dans des petites et plus grosses structures me donnent le sentiment d’avancer.

Ce que je veux faire plus tard n’est toujours pas très clair mais j’ai par contre la conviction que je me sens plus à ma place dans une petite structure et que j’ai besoin d’avoir une utilité et du sens à ce que je fais.
 
Diplôme en poche (sans avoir jamais eu l’impression de travailler ce qui me laisse la désagréable sensation de l’avoir simplement acheté), l’heure est venue de chercher son premier CDI.

C.D.I, 3 lettres pour un graal.

On m’en propose un dans l’entreprise dans laquelle je suis en alternance. Ça semble idéal, facile mais je n’y vais pas.

Trop de process, trop d’intermédiaires, une équipe dans laquelle je ne me sens pas à ma place, ce n’est pas comme ça que j’ai envie de débuter ma carrière.

Des centaines de candidatures plus tard, je décroche un entretien dans une caisse de retraite de profession libérale.

Une création de poste dans une petite structure où il y a tout à faire.

Le salaire n’est pas à la hauteur de ce qu’on nous avait promis à la sortie de l’école mais j’ai envie de relever le challenge car je sens qu’il y a quelque chose à y faire.

14 octobre 2013, c’est le premier jour de ma nouvelle vie.

J’ai 22 ans et je me retrouve assise seule à un bureau avec 20 feuilles à lire et tout un dispositif d’audit et de contrôle interne à mettre en place au milieu de salariés avec un petit côté dinosaure qui n’ont qu’une envie : ne rien changer.

Glurps.

Alors jour après jour, sans faire trop de vagues je vais faire mon trou en mettant mon nez un peu partout.

Je n’ai qu’un objectif : valoriser le travail fait par mes collègues et faciliter leur quotidien.

Les mois passent, je suis appréciée par mes collègues, par ma direction, je suis régulièrement augmentée.

Tout va pour le mieux.

Je termine de rembourser mon prêt étudiant (toujours faire les choses bien dans l’ordre) puis je pars de chez mes parents en achetant directement un appartement avec mon amoureux-futur-mari.

Mes parents ont toujours été locataires, classe moyenne, salaire médian.

Les siens toujours propriétaires, cadre sup, salaires élevés.

2 mondes, 2 manières de penser, 2 manières de vivre mais puisque c’est ce qui semble être la clé de la réussite j’y vais.

Du collège en ZEP à un Bac + 5 en école de commerce.
Un CDI avec un joli salaire.
Propriétaire à 24 ans.

L’ascenseur social m’a emmené haut.

J’ai de quoi être fière non ?

L’histoire aurait pu s’arrêter là.

La vie en a décidé autrement.

Un message sur Linkedin et un coup de fil plus tard, mon mari se retrouve à passer un entretien pour un beau poste à Bordeaux.
On s’est toujours dit que nos enfants ne grandiraient pas à Paris.

L’appel de la province est tentant.

Il décroche le poste et en quelques semaines il est parti.

Je me retrouve seule dans notre appartement, on se voit 1 weekend sur 2. 
Je pleure le soir, sur le quai de la gare.

C’est dur mais c’est ce qui est raisonnable.

Il faut qu’il valide sa période d’essai avant que je puisse envisager de le suivre.
Il en chie, le poste est exigeant mais il s’accroche.

On y croit.

J’annonce à mon employeur que je vais partir.
Je recrute mon successeur.
Je le forme.

Mais je ne trouve pas de postes sur Bordeaux.

C’est la douche froide.

Rien.
Même pas un coup de fil, pas un entretien.

Merde.

Les semaines passent, on est en 2016, je n’ai qu’une envie, c’est d’aller m’installer définitivement à Bordeaux.
Je vis très mal cette séparation forcée.

C’est tellement dur que je suis prête à démissionner.

Mon employeur n’a qu’une envie, que je continue à bosser pour lui.

Alors il finit par me proposer un compromis.

Et si je faisais du télétravail (on est en 2016 et je travaille pour une caisse de retraite, il faut mesurer à quel point cette proposition est lunaire).

J’accepte.
2 jours à Paris, 3 jours à Bordeaux.
C’est l’histoire de quelques mois après tout.

Au final ça va durer 3 ans.

On me crée un nouveau poste (souvenez vous que j’avais recruté et formé mon successeur dans la perspective de mon départ).

Je profite des avantages de la province et de ceux de Paris.
Je continue à voir mes proches, mon job me plait.

Le rythme est intense (coucou les réveils à 5h pour prendre le TGV) mais on est plutôt pas mal au final.

On se marie.
Et on lance le projet bébé.

Ma grossesse est parfaite sur le plan médical

Moi je la vis un peu moins bien. Je ne m’attendais pas à ça.
Pourquoi ça ne se passe pas comme dans les films ?
 
Pourquoi personne ne m’a rien dit ?
 
Je suis la première de mes copines à être enceinte.
Je n’ai pas encore d’amis sur Bordeaux.
 
La société attend de moi que je sois radieuse et épanouie.
Alors je ne m’épanche pas trop sur mes ressentis.
 
Pourtant il va bien falloir que ça sorte à un moment (le bébé mais aussi mes émotions).
 
Il faut que je trouve des personnes à qui confier et partager tout ça.
 
C’est décidé, je vais créer mon village.
Je crois que je ne m’y ferai jamais à cette émotion que je ressens lorsque j’arrive à une rencontre et que je vois toutes ces femmes qui ne se connaissaient pas quelques minutes avant, discuter de sujets si intimes avant autant de transparence.
 
Ces rencontres me permettent de prendre conscience encore davantage de toutes les difficultés et questionnements qui peuvent débouler avec l’arrivée d’un bébé et cela dès la grossesse.
 
Et ça tombe bien parce que dans le groupe, je vois aussi de plus en plus de femmes qui postent pour nous parler de leur activité : doula, accompagnante périnatale, monitrice de portage, infirmière puéricultrice et bien d’autres.
 
Sauf que, bien souvent, alors que ces métiers sont si utiles et les services proposés si pertinents, les posts ne suscitent que peu de réactions.

C’est tellement frustrant pour moi de voir d’un côté toutes ces familles qui auraient besoin d’être accompagnées, chouchoutées et de l’autre toutes ces pros de la parentalité qui ont tant à offrir.

C’est décidé, c’est à ça que je vais consacrer l’essentiel de mon activité.
 
C’est ça qui me donne envie de me lever le matin.

Faire en sorte que les pros de la parentalité puissent apprendre à parler de leurs services pour donner envie aux familles de faire appel à elles !

Mettre mes compétences en marketing et copywriting au service de toutes ces formidables entrepreneures.
Quelques messages sur une application de rencontres de mamans plus tard, me voilà à organiser une première rencontre dans la vraie vie.
 
J’ai envie et besoin de partager ce que je suis en train de vivre avec des femmes qui me comprennent.
 
Le feeling passe tout de suite.
Une première rencontre, puis une deuxième, une troisième.
A chaque fois de nouvelles mamans nous rejoignent, on passe de bons moments.
On se rassure, on se donne des conseils, on se soutient, on est là les unes pour les autres, en toute bienveillance et ça fait tellement de bien !
 
L’application n’est pas évidente à utiliser alors on bascule très vite sur un groupe Facebook privé.
 
Presque 5 ans après, ce sont plus de 3600 mamans qui échangent au quotidien et se retrouvent lors des évènements organisés (à mon initiative ou à la leur).

3 choses à savoir sur moi